Entreprendre dans un quartier prioritaire, ça marche… au moins pour démarrer. C’est ce que montre une étude publiée le 16 octobre par l’Insee Auvergne-Rhône-Alpes avec la Dreets. Elle porte sur les établissements installés dans les 145 quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) de la région, dont ceux de la métropole clermontoise. Elle confirme une vraie vague de créations, mais aussi une fragilité qui concerne directement toute personne qui se lance seule, avec peu de capital.
Plan de l'article
Plus d’établissements qu’en 2014, et surtout des micro-entrepreneurs #
D’après l’étude de l’Insee, les QPV de la région hébergent 20 300 établissements économiquement actifs en 2023. C’est 42 % de plus qu’en 2014, un rythme proche de celui des intercommunalités qui les englobent (+43 %).
Cette croissance repose surtout sur la micro-entreprise. Dans les quartiers, le nombre de micro-entrepreneurs a progressé de 184 % depuis 2014. Ils représentent désormais la moitié des établissements, contre un quart en 2014. À l’inverse, les entreprises individuelles classiques reculent de 32 % et les sociétés n’augmentent que de 21 %.
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L’Insee cite deux explications : l’essor des plateformes numériques et le doublement, en 2018, du plafond de chiffre d’affaires du régime micro. L’institut reste prudent sur l’effet de ce plafond, puisqu’au niveau national seuls 6 % des chiffres d’affaires dépassent les anciens seuils.
Un profil d’entrepreneur différent
Dans les quartiers, les micro-entrepreneurs ont 39 ans en moyenne, contre 41 ans dans les intercommunalités voisines. Ce sont des hommes dans 75 % des cas, contre 57 % ailleurs. Pour l’Insee, ces profils ressemblent à ceux de la population active locale, ce qui laisse penser que beaucoup créent leur activité là où ils habitent. Le statut apparaît ainsi comme une porte d’entrée vers l’emploi.
Trois secteurs concentrent la moitié de l’activité #
La construction, le commerce et réparation automobile, et le transport-entreposage regroupent un établissement sur deux dans les QPV. Dans les intercommunalités englobantes, ces trois secteurs ne pèsent que 29 %.
Le point commun de ces activités : elles demandent peu de capital au départ. Dans le bâtiment, la finition (plâtrerie, peinture, revêtements) représente 48 % des travaux spécialisés en QPV, contre 30 % autour. Dans le transport, la livraison de repas ou de colis à domicile concentre 56 % de l’activité du secteur. Or l’Insee rappelle que ces activités de livraison connaissent un taux de cessation bien plus élevé que la moyenne.
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Les métiers qui demandent un haut niveau de formation (comptabilité, architecture, ingénierie, recherche) sont, eux, deux fois moins présents dans les quartiers.
Le vrai sujet : tenir dans la durée #
C’est la partie la plus utile de l’étude pour un porteur de projet. Toutes les immatriculations ne deviennent pas une activité réelle. Parmi les établissements créés en 2021 dans les QPV, seuls 54 % ont démarré une activité économique dans les deux ans, contre 69 % dans les intercommunalités englobantes.
Ensuite, la survie est plus courte : 55 % des établissements actifs en 2020 dans les quartiers l’étaient encore trois ans plus tard, contre environ 65 % autour. L’écart s’explique en partie par le poids de la micro-entreprise, dont le taux de survie est plus faible que celui des sociétés.
La dynamique ralentit aussi. Entre 2022 et 2023, le nombre d’établissements n’a progressé que de 0,4 % dans les QPV, contre 2,3 % dans les intercommunalités voisines. Le taux d’entrée y est passé sous 24 %, alors que le taux de sortie reste autour de 23,5 %.
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Peu d’emplois salariés créés
Seuls 32 % des établissements des quartiers emploient des salariés, contre 37 % autour, et ils sont plus petits : six salariés en moyenne contre onze. Au total, on compte 0,2 salarié travaillant dans un quartier pour un actif qui y réside, contre 0,7 ailleurs. Même les neuf QPV situés en zone franche urbaine ne font pas mieux, malgré leurs exonérations fiscales.
Ce que cela change pour un créateur du Puy-de-Dôme #
Ces chiffres sont régionaux et ne détaillent pas chaque quartier. Mais ils posent les bonnes questions à toute personne qui crée seule, en micro-entreprise, dans une activité à faible investissement.
Démarrer vraiment. Près d’une création sur deux en QPV ne se transforme pas en activité dans les deux ans. Avant d’immatriculer, il vaut mieux avoir testé sa clientèle : premiers devis, premiers clients identifiés, prix calculé en intégrant les cotisations.
Ne pas dépendre d’un seul canal. La livraison via plateforme est le cas le plus fragile relevé par l’Insee. Un indépendant qui diversifie ses clients et ses sources de revenus se met à l’abri d’un changement de règles d’une seule plateforme.
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Se faire accompagner. La directrice régionale de la Dreets, Fabienne Fournier-Beraud, le dit dans l’étude : il s’agit d’« accompagner les entrepreneurs dans la durée, favoriser le développement de leurs activités et renforcer leur capacité à créer des emplois ». Dans le Puy-de-Dôme, la CCI et la chambre de métiers sont les premiers interlocuteurs pour vérifier son projet et choisir son statut.
Penser au passage en société. L’étude montre que les sociétés résistent mieux dans le temps. Quand l’activité grandit, changer de statut peut être une étape à préparer avec un expert-comptable, plutôt qu’un sujet à repousser.
Un tissu encore clairsemé #
Dernier chiffre à retenir : on compte quatre établissements pour cent habitants dans les QPV de la région, contre dix dans les intercommunalités qui les entourent. L’entrepreneuriat progresse, mais l’économie de ces quartiers reste peu dense. Comme le résume Lyon Capitale, les créations « explosent mais peinent à durer ». Pour un entrepreneur, l’enjeu n’est donc plus de se lancer, mais de construire une activité qui tienne au-delà de trois ans.




