À la veille de la Toussaint, le funéraire revient dans l’actualité. Dans le Puy-de-Dôme, il se raconte cette semaine sous un angle que les créateurs d’entreprise auraient tort d’ignorer : celui d’un marché de proximité, stable, où de jeunes sociétés locales trouvent leur place en proposant ce que les acteurs historiques ne font pas. Deux portraits publiés par La Montagne le montrent, Cimélo à Clermont-Ferrand et Assist@, et une enquête du même journal décrit l’ensemble du secteur.
Plan de l'article
Un marché porté par la démographie #
Le premier moteur du funéraire est connu : le nombre de décès. Selon les données définitives publiées par l’Insee le 15 octobre 2026, 647 818 personnes sont décédées en France en 2025. L’institut avait d’abord estimé ce chiffre à 651 000 dans son bilan démographique. Une population qui vieillit entretient donc une demande régulière et peu sensible à la conjoncture, ce qui est rare.
Pour le reste, l’enquête de La Montagne du 27 octobre reprend plusieurs repères. D’après l’Insee, le chiffre d’affaires du secteur dépassait 3,3 milliards d’euros en 2024. La Fédération nationale du funéraire compte environ 5 500 entreprises. Le Credoc, qui étudie les conditions de vie, juge le marché « stable, solide et en constante évolution ».
À lire Climat des affaires d’octobre 2026 : l’industrie repart, le commerce et l’emploi reculent
Ce que veulent les familles : de la proximité
Pour un entrepreneur, le point le plus utile de cette enquête n’est pas un chiffre. Le journaliste spécialisé Olivier Géhin y décrit un marché « qui se structure sur les habitudes, l’identité d’un bassin de population ». Le baromètre Credoc d’octobre 2024, cité par le journal, va dans le même sens. Les familles endeuillées attendent d’abord un service proche de leur domicile, et la réputation de l’entreprise pèse lourd dans leur choix. Dans le Puy-de-Dôme, cela donne, selon la formule rapportée par La Montagne, « un funéraire auvergnat fait par des Auvergnats ».
C’est une barrière pour un réseau national qui voudrait s’implanter rapidement. Pour une entreprise locale, c’est un atout : la confiance se gagne commune par commune, par le bouche-à-oreille et les relations avec les professionnels déjà installés.
Cimélo : innover sur un produit figé #
Camille Beauchamp a créé Cimélo à Clermont-Ferrand en 2024. Elle est partie d’un constat simple : les familles qui veulent une sépulture paysagère ou végétalisée trouvent peu de produits adaptés, et finissent souvent par bricoler elles-mêmes. Son entreprise conçoit donc des stèles en acier corten ou thermolaqué, dessinées avec une designeuse. Certaines sont assez légères pour être posées par les proches eux-mêmes. Avec chaque projet, la société fournit modélisations 3D, planches d’inspiration et devis.
Dans l’entretien accordé à La Montagne, la fondatrice détaille les résultats. Le chiffre d’affaires de l’entreprise a triplé en deux ans d’existence. Depuis 2025, Cimélo est accompagnée par Le Village by CA. L’entreprise avait aussi reçu l’an dernier le Coup de cœur du public aux Trophées des entreprises du Puy-de-Dôme. Grâce à sa présence en ligne, elle reçoit des demandes de toute la France.
À lire « Embargo » algérien sur les produits français : ce que les PME exportatrices doivent savoir
Une leçon de distribution
Le témoignage pointe surtout la vraie difficulté d’une innovation dans ce secteur : la faire connaître. « La plupart des familles ne savent pas que ces alternatives existent », explique Camille Beauchamp. Cimélo mise donc sur les réseaux sociaux, les salons et surtout des partenariats avec les entreprises de pompes funèbres, qui sont en contact avec les familles. Elle vise aussi les collectivités, qui doivent adapter jardins du souvenir et espaces cinéraires. Prochaine piste annoncée : le réemploi, par exemple d’anciennes croix en fonte.
Assist@ : vendre du service, pas du produit #
Le second portrait, publié le 29 octobre, est celui d’Assist@, créée il y a six ans par Aurélie Fournier. L’entreprise s’occupe des démarches administratives après un décès, puis a élargi son offre à l’anticipation. Sa fondatrice résume ainsi le besoin : « On pense à la journée la plus dure, celle des obsèques. Mais les six mois de démarches administratives derrière, personne ne s’en occupe. »
Le journal note aussi qu’Assist@ voulait au départ s’adresser directement aux particuliers, mais qu’il lui aurait fallu des moyens très importants pour les toucher. C’est la même leçon que chez Cimélo : sur un marché où le client ne cherche le service qu’au moment où il en a besoin, passer par des intermédiaires est souvent plus réaliste que de chercher à le toucher directement.
Ce qu’un porteur de projet peut en retenir #
Ces deux parcours montrent les conditions pour se lancer dans le funéraire, ou sur n’importe quel marché de proximité et à forte charge émotionnelle. D’abord, cibler un besoin que les acteurs en place ne couvrent pas : la sépulture personnalisée pour l’une, l’après-obsèques pour l’autre. Ensuite, construire sa distribution avec ces acteurs plutôt que contre eux. Enfin, s’appuyer sur l’écosystème local : un trophée départemental, un accélérateur, la presse régionale.
À lire Bouygues Monaco : Projets & Partenariats 2026
L’étude de marché garde ici une place centrale. La demande globale est connue grâce aux données de l’Insee. En revanche, la part de familles prêtes à choisir une offre différente se mesure surtout sur le terrain, auprès des pompes funèbres, des marbriers et des services municipaux. C’est à ce prix que l’on transforme un secteur réputé figé en terrain d’entreprise.




